mercredi 9 décembre 2009

Incendie contre un chantier de Besix

"Il y a quelques jours, quelques enfants suivaient une ligne de chemin de fer, les doigts gelés dans l'obscurité de la nuit. Pas le moindre abri en vue, et la pluie et le vent et le froid mordant qui tous s'acharnent sur leurs pieds nus. Peu d'espoir pour ces enfants perdus, mais beaucoup de joie en revanche, peut-être aussi un peu de rage.
Depuis quelques saisons déjà qu'ils habitent des ruines en devenir, qu'ils longent des murs qui s'effritent, que des taches de rouilles apparaissent sur chaque barreau qui les retient, ils trouvent sans trop chercher des flammes qui leur tiennent chaud au cœur, de véritables brasiers pour ces orphelins d'un monde qui étouffe.
Aucune promesse pour ce soir la, aucune attente d'un feu salvateur, et pourtant...
Comme un miracle de solstice, en approchant de la Ville, est apparu, comme la Maison de pain d'épices pour d'autres avant eux, un chantier rutilant avec ces cinq lettres étincelantes, que tous reconnaissent d'un sourire acéré,B E S I X.
Et voilà l'un qui saisit sa bouteille, et les flammes bleutées qui lèchent un bulldozer commencent à réchauffer les premiers doigts de pieds. Puis les autres aspergent un véhicule,et un tas de bois. Ce sont les corps tout entiers qui retrouvent leur température au fur et à mesure que les flammes s'élèvent et illuminent les visages qui se mettent à rire.
Enfin, dans cette ronde sauvage, le lourd générateur, celui qui chaque matin produit l'énergie de ce chantier de mort, de ce mangeur d'arbres et de terriers, se met lui aussi à crépiter, à fondre et à gémir. Et c'est, pour de bon, une chaleur de vie qui atteint le cœur des enfants.
Moi, à qui cette histoire fut contée à l'abri d'une ruelle, je vois croître chaque jour ces hordes d'enfants, je les voir chaque jour plus complices, plus décidés, rejoint ca-et-là par un adulte, par une jeune fille, par un grand père, étendant leur possibilité d'attaque comme leur capacité de retraite.
D'ailleurs, à l'heure qu'il est, mon cœur assoupi ne peut me mener que vers l'un de ces brasiers, ou l'un de ces refuges, où tout est encore à jouer, tout est encore à jouir."

[Besix construit le nouveau centre fermé à Steenokkerzeel]

7.12.2009
Publié sur http://www.cemab.be/news/2009/12/8093.php